Souveraineté énergétique : le biométhane, moteur de l’indépendance européenne
Les récents bouleversements géopolitiques ont montré à quel point les dépendances commerciales peuvent devenir des leviers pour des puissances hostiles. La souveraineté énergétique européenne s’impose aujourd’hui comme l’un des enjeux stratégiques majeurs des prochaines années, en particulier dans le domaine du gaz. Dans ce contexte, le biométhane ne doit plus être considéré comme une option parmi d’autres, mais comme un pilier central de cette souveraineté, dont le développement doit être accéléré.
Chez SWEN Capital Partners, nous avons anticipé cette évolution en lançant il y a six ans notre stratégie SWIFT, dédiée aux énergies renouvelables, avec la conviction que la demande en gaz renouvelable allait fortement croître et jouer un rôle déterminant dans le paysage énergétique mondial. Aujourd’hui, près de 80% des investissements de notre troisième millésime sont consacrés aux molécules renouvelables, principalement le biométhane.
D’une dépendance à une autre
L’Union Européenne a considérablement réduit sa dépendance au gaz russe : les importations sont passées de 45% avant la guerre en Ukraine à 13% en 2025, avec un embargo total prévu à partir de l’automne 2027. Mais ce recul s’est accompagné d’un basculement rapide vers d’autres fournisseurs, en particulier les États-Unis, dont la part de marché est passée de 5% en 2021 à 27% en 2025, et pourrait atteindre 40% d’ici 2030. Passer d’une dépendance à une autre ne constitue pas une solution durable pour restaurer la souveraineté énergétique de l’Europe. Pour garantir son indépendance, le continent doit développer ses propres capacités de production d’énergie renouvelable, en particulier dans le secteur du gaz.
Biométhane : la solution la plus rapidement déployable
Il serait tentant de penser que l’Europe pourrait simplement abandonner le pétrole et le gaz pour d’autres sources d’énergie. Pourtant, même avec des gains d’efficacité et l’électrification croissante des usages, le biométhane et les autres bioénergies resteront indispensables. Ils sont essentiels à certains processus industriels — chimie, métallurgie, verrerie — ainsi que pour le transport lourd, le transport maritime et l’aviation. Selon une étude récente de l’Agence internationale de l’énergie, les carburants liquides et gazeux continueront de couvrir au moins 40% de la consommation finale d’énergie en 2050.
Le biométhane présente plusieurs avantages qui en font la solution la plus rapidement déployable : il repose sur des technologies matures et éprouvées, utilise des ressources locales et s’appuie sur les infrastructures gazières existantes. Réutiliser ces infrastructures permet de réduire à la fois les coûts et les délais liés à la construction de nouveaux équipements, réseaux ou systèmes de stockage. Le biométhane favorise ainsi une décarbonation plus rapide du système énergétique européen.
Le secteur du biométhane couvre aujourd’hui près de 6% de la demande européenne en gaz et connaît une croissance annuelle de 20% depuis 3 ans. Selon les projections, il pourrait répondre à 60–100% des besoins en gaz projetés à l’horizon 2050. Via les 3 vintages de notre stratégie SWIFT, nous avons accompagné plusieurs développeurs européens, parmi lesquels CVE Biogas en France, SFP aux Pays-Bas, AGR en Espagne et Vireo en Norvège. Ensemble, ils exploitent plus de 50 unités et prévoient plus de 100 nouvelles installations d’ici 2030.
Un enjeu qui dépasse l’énergie : renforcer la souveraineté technologique et la réindustrialisation de l’Europe
Contrairement à l’électricité renouvelable, qui dépend largement de fournisseurs asiatiques — l’Europe importe par exemple 85% de ses panneaux solaires et dépend presqu’entièrement de fournisseurs étrangers pour les aimants de ses éoliennes —, l’ensemble de la chaîne de valeur du biométhane repose sur des acteurs et des technologies européens. La filière crée des emplois non délocalisables, en zones rurales, et contribue ainsi directement à la réindustrialisation et à la souveraineté technologique du continent.
Un enjeu qui dépasse l’énergie : résilience agricole et souveraineté alimentaire
Le biométhane valorise les déchets agricoles et restitue le digestat aux champs comme fertilisant. Les agriculteurs peuvent ainsi 1) générer un revenu complémentaire en vendant leurs déchets et 2) réduire leurs coûts en remplaçant les engrais chimiques. S’ils le souhaitent, ils peuvent également développer leurs propres installations ou s’associer à des développeurs soutenus par des investisseurs comme SWEN Capital Partners. Alors que l’Europe dépend fortement des importations pour ses engrais azotés, phosphatés et potassiques, la production de digestat permet déjà de remplacer 17% des engrais azotés. Cette proportion pourrait dépasser 65% d’ici 2040. Le développement du biométhane renforce donc la résilience de nos exploitations agricoles et réduit notre dépendance aux engrais importés, contribuant directement à la souveraineté alimentaire européenne.
Faire du biométhane un pilier de la souveraineté européenne, c’est privilégier le développement d’une énergie produite en Europe, pour l’Europe. C’est réduire notre dépendance aux importations, renforcer notre balance commerciale, consolider notre système énergétique et soutenir la résilience agricole et la sécurité alimentaire de nos systèmes. Chez SWEN, nous sommes prêts à accélérer cette transition.

Guillaume Tuffigo est Directeur de la Gestion d’actifs chez SWEN Capital Partners. Il cumule plus de vingt ans d’expérience dans les secteurs du gaz et du biométhane.